L'Atelier du peintre


RAPHAËL TOUSSAINT :
Un peintre singulier, atypique, un maître d’aujourd’hui
par Lois Levanier
 

Raphaël TOUSSAINT fait partie de tous ces peintres hors normes, qui subvertissent les genres et forcent les clivages. 

Certes, il appartient à certains égards à ces « primitifs modernes » surtout à ses débuts, à condition de tordre le cou une fois pour toute à cette image d’Epinal de gentils « peintres du dimanche », sous laquelle on les a trop longtemps présentés
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; ce sont au contraire, pour les meilleurs bien sûr, des artistes au caractère très affirmé, à la technique beaucoup plus maîtrisée qu’on ne l’a dit, dont on n’a guère montré l’aspect vraiment novateur : (qui peut encore nier l’influence d’un ROUSSEAU sur tant de peintres, les plus divers d’ailleurs et pas seulement PICASSO ? Ou le rôle précurseur d’un Jules Lefranc ?) ; l’univers si personnel de chacun d’eux, avec leurs idiosyncrasies, est établi sur les valeurs essentielles de la grande peinture, et il serait bien temps d’étudier cela avec le sérieux qui s’impose pour les mettre ou les remettre à leur juste place. Il est indéniable que TOUSSAINT partage avec eux toutes ces valeurs et toutes leurs vertus. Pourtant, il s’en démarque peu à peu avec le temps, avec l’affirmation d’une œuvre qui prend de la hauteur aussi.

Raphaël TOUSSAINT m’apparaît plutôt comme un peintre singulier et atypique, qui s’est affranchi de toute « école »
et même de maints apports référentiels.
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Il me fait penser très curieusement à un BALTHUS, à certains égards, pourtant sur un tout autre versant de l’art, qui s’est lui aussi affranchi très vite des étiquettes qu’on a voulu lui coller. Sans doute aussi à cause de certains points communs. 

Tous les deux, par exemple, reprochent à la peinture non figurative, d’avoir délaissé le paysage et la Nature, qu’ils considèrent comme fondamentalement liés à l’essence de l’art.
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Et comme lui, qui façonnait son œuvre à travers le prisme délibéré du Quattrocento, TOUSSAINT conçoit la sienne à travers le filtre de toute une tradition classique, celle de la grande peinture flamande (des BREUGHEL, à l’évidence), italienne (et pas seulement RAPHAËL) des maîtres de 18e (auxquels on pense moins), et des grands paysagistes français.

 

Chez Toussaint, les courants les plus opposés qui traversent son œuvre, l’enrichissent fortement et trouvent leur résolution au sein même de cette pluralité. C’est une œuvre qui transcende tous ses composants établis sur d’apparents paradoxes, à l’image de cette lumière unique, qui donne une « griffe » à tous ses tableaux, épurée jusqu’à évoquer l’intemporel (certains pourraient dire surréel), d’un monde qui apparait comme un « ailleurs » propre à la grande poésie, pure et magique, avec surtout la musicalité de ses harmoniques, qui fait l’unicité de l’univers des maîtres. Pourtant, autre paradoxe, même s’il traite plus souvent des sujets qui se réfèrent au passé, ou plutôt à un monde « meilleur », plus humain, que nos contemporains devraient rechercher vivement, alors qu’ils s’en éloignent, le style de l’artiste, allié à un humour affiché qui marque bien une distanciation consciente (qui devrait confondre les critiques de ceux qui ne voient peut-être pas clairement l’aspect « moderne » de son œuvre, puisque c’est bien là un de leurs critères, non ?), 

montre bien que TOUSSAINT est un artiste de son temps.
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Son pseudonyme même, Raphaël TOUSSAINT, qu’il porte comme en exergue, souligne l’aspect délibéré de sa démarche, et en dit long déjà sur tous les paradoxes dont il joue, et qui établissent autant de lignes de force dans sa peinture.
Pour moi, TOUSSAINT est un peintre phare, qui donne à « voir » (au sens profond où pouvait l’entendre BRETON), un peintre majeur, et il faut prendre le temps de percevoir les multiples facettes de cette œuvre, qui font sa grandeur.
 

 


Loïs LEVANIER (Critique d'Art)
Extrait du catalogue de l’exposition au Musée de l’Abbaye Sainte-Croix, Les Sables d’Olonnes
Mars 2001

Photos de Simon Bourcier et Marie-Noëlle Peridy