Oeuvres > 4ème période, à partir de 2000

"Jeu de lumière sur le marais poitevin et l'Abbaye de Maillezais"

Jeu de lumière sur le marais poitevin et l'Abbaye de Maillezais
 
H.S.B. - 24 x 35 cm
 

Un tableau est un rayonnement ; bien plus qu'une lumière peinte, une lumière projetée. Les Anciens disaient que la beauté est une splendeur, la projection au dehors de ce qu'il y a de plus intime, d'une part du mystère des êtres. La beauté est au-delà de l'oeuvre d'art qui la réfléchit, elle la dépasse infiniment. Même dans la beauté que nous présente la terre, celle d'un paysage, des gestes ordinaires de la vie des hommes, la beauté est au-delà. Celle-ci est à fois immanente et transcendante à notre monde. La peinture de Raphaël Toussaint y conduit heureusement.

De ce nouveau tableau de Raphaël Toussaint émane une atmosphère très particulière, par un jeu subtil de lumière. Une douce lumière, diffuse, imperceptible - diaphane serait-on tenté de dire - éclaire la scène, l'enveloppe de sa quiétude. Ce n'est pas vraiment un paysage de neige, du moins de grosse neige, inconnue d'ailleurs du marais poitevin. Plutôt un bon givre, une fine couche poudreuse bien froide sur une végétation automnale qui garde encore son feuillage.

Le temps est au recueillement, à l'intimité ou à la solitude. Les enfants se tiennent sagement dans la yole qui s'avance. Ce n'est pas encore l'heure des batailles de neige, des glissades. Sur la passerelle jetée au-dessus du canal, la présence amicale d'une figure familière. Ceux auxquels Raphaël Toussaint accorde son amitié savent qu'elle est empreinte d'une rare qualité : la fidélité.

À l'horizon, émergeant des frondaisons, les ruines majestueuses de l'Abbaye de Maillezais. C'est vers elles - pourtant presque invisibles - qu'est sans cesse ramené notre regard, que semble conduire l'ami sur la passerelle. Sur ses chemins, sur ses voies d'eau, Raphaël Toussaint ne s'égare pas, il sait où il va. Et nous avec lui. Fermez les yeux un instant et vous entendrez la prière chantée des moines que les larges baies et les hautes voûtes ne retiennent plus :

Ad te levavi animam meam, Deus meus.

« Vers vous, ô mon Dieu, j'ai élevé mon âme. »


(Introït du 1er dimanche de l'Avent)

En ouvrant les yeux, vous verrez que c'est de là que vient la lumière si particulière du tableau.

Oui, arrêtez-vous longuement sur les paysages peints de Raphaël Toussaint, laissez-vous imprégner de leur lumière pour que vos sens internes en reçoivent la délicate impression, en gardent intimement le souvenir. Alors au cours de vos promenades, au milieu des paysages qui vous sont pourtant les plus familiers, à toute heure du jour, même sous le ciel gris et froid de l'hiver, vous percevrez une lumière - et des couleurs ! - que vous ne connaissiez pas : émotion et joie très pures de la contemplation.

Merci, Cher Raphaël, les voies que trace votre pinceau sont celles du réenchantement du monde.

Dom Thierry Barbeau - Moine de Solesmes